Les dossiers nucléaires
Les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité des Natons Unies ont fini par être les cinq seuls Etats à posséder « légalement » le feu nucléaire : Etats-Unis, Russie, France, Royaume-Uni, Chine.
Quatre autres Etats ont acquis l’arme nucléaire : Israël, Pakistan, Inde, Corée du Nord et après eux viendra peut-être l’Iran, dont personne n’a de raison de croire les bruyantes dénégations.
Dans les organisations internationales comme dans les chancelleries, les « dossiers nucléaires » sont partagés entre militaires, diplomates et physiciens nucléaires. Un mélange qui n’a pas fonctionné. Au lieu de mettre cette grave question au coeur des débats politiques, on en a fait la chose de spécialistes, en vase clos. C'est l'un des raisons de ce dangereux échec.
Le processus était peut-être aussi vicié à la base par le deux poids, deux mesures. On tolère et admet une discrimination permanente entre Etats qui se sont donné et ont reçu le droit de produire et stocker des armes d’une puissance effroyable, dont l’usage viole presque par définition le droit international humanitaire : en effet, user d’une telle arme implique d’accepter, délibérément, de tuer un nombre considérable de non-combattants et en outre d’ignorer les hôpitaux et autres lieux supposés inviolables et protégés. Si l'arme nucléaire est tolérable pour certains, comment peut-on être crédible en l'interdisant aux autres ?
Mais il y a cinq poids, cinq mesures entre les Etats qui ont acquis ou sont en train d’acquérir irrégulièrement l’arme nucléaire, que ce soit en violant des traités qu’ils ont ratifié ou en refusant de signer et de ratifier les traités de non-prolifération et d’interdiction des essais nucléaires.
Le problème s’accroît encore. Suite aux pressions irresponsables des Etats-Unis, le régime théorique de non-prolifération a été brisé au profit d’une « exception indienne », en 2008. L’Inde, qui n’a pris aucun engagement en matière d’essais nucléaires et de non-prolifération. Pendant ce temps, Israël reste coi, la Corée du Nord joue son chantage et le Pakistan est humilié mais laissé tranquille du fait de la peur qu’inspire son éventuelle désagrégation. Et le régime iranien joue bruyamment de l’ambiguïté, s’offrant l’occasion du seul sujet de consensus national, propre à reconduire un régime aussi criminel qu’incompétent.
L’incohérence de la communauté internationale est un problème. Un autre problème est le bénéfice évident et énorme que tirent les quatre ou cinq Etats « irréguliers » de leur désobéissance.
La palme des reproches doit toutefois aller aux cinq "réguliers", irresponsables et arrogants, car ils n'ont pas fait de geste crédible vers un désarmement nucléaire complet (et la fin volontaire de leur privilège indu et dangereux) - et incapables d'imposer aux autres la non-prolifération. Une attitude responsable de leur part aurait conféré quelque légitimité à leur exorbitant droit de veto... Mais il y a près de 200 autres gouvernements, qui ne se sentent pas de taille ou d'humeur de faire des reproches aux cinq membres permanents du Conseil dit de Sécurité.
La « communauté internationale », premiers et second couteaux, continue d’agir en ordre dispersé, mollement, médiocrement.
Et les media et ceux qui les suivent croient qu’aujourd’hui que la seule vraie menace est le terrorisme à la Ben Laden.
Naïfs.