L'avortement et les droits de l'homme

Publié le par cassiano

L'une des plus surprenantes lacunes dans les textes relatifs aux droits de l'homme concerne les conditions où ces droits, à commencer par le droit à la vie, commencent à s'appliquer. Autrement dit, la dignité humaine commence-t-elle à la naissance ? à la conception ? à un moment intermédiaire ?

 

Autant le dire tout de suite : je ne suis pas de ceux qui considèrent l'embryon humain comme une partie du corps de la femme (au même titre qu'un rein ou que l'appendice) et je ne puis donc admettre l'avortement comme un acte banal. Je suis conscient que pour certains, cette pratique constitue une "libération" et donc un droit des femmes. Mais, si l'on veut par élimination et en mettant le plus faible au bénéfice du doute et d'une protection renforcée, je considère que la vie et la dignité humaines commencent simultanément, à la conception, et suis donc opposé à l'avortement. Comme l'était Hippocrate, dans le texte original du serment qui porte son nom. Comme le veulent les grandes traditions religieuses de l'humanité. Comme le prône, à temps et à contretemps, l'Eglise catholique. Et dans cette perspective, les sociétés qui permettent et financement même sur des fonds publics l'avortement de manière banalisée risquent de se rendre coupables de violations systématiques et massives des droits de l'homme.

 

Mais la question de l'avortement n'est PAS d'abord une question religieuse, comme le serait par exemple le dogme de la Trinité ou les voeux religieux de pauvreté, chasteté et obéissance. La question de l'avortement est le corollaire de la question universelle, philosophique et juridique du début de la dignité humaine.

 

Cette question est évacuée dans les débats autour des droits de l'homme. C'est explicable par bien des motifs, compréhensible peut-être, mas c'est éminemment regrettable.

 

Je vois mal sur quelle base scientifique ou philosophique on pourrait définir une dignité humaine réduite jusqu'au 3e, 6e ou 9e mois de grossesse, ou bien définir que la dignité humaine commence à tel ou tel moment du développement de l'embryon. Pourrait-on imaginer qu'elle commence seulement à la naissance, lorsque l'enfant est un organisme "viable" par ses propres moyens ? Mais ce serait du coup mettre en cause l'existence d'une dignité humaine et de droits de l'homme pour les malades, les comateux ou les mourants. Il y a là des motifs sérieux pour décréter que la dignité humaine commence à la conception.

 

Une telle définition renforcerait les devoirs de l'Etat et de la société envers la femme enceinte, qui a droit, avec l'enfant à naître, à une protection spéciale - aide sociale et aussi, en cas de perte de l'enfant à naître par accident ou suite à des voies de fait, à une reconnaissance qu'il y a eu là un crime grave, traumatisant, et non pas seulement une lésion corporelle. Ne pas reconnaître un statut à l'embryon, pour donner à certaines la faculté d'avorter, aboutit en effet à nier le lien unique, extrêmement fort, d'autres femmes (et de leur conjoint, de leur famille) envers l'enfant à naître - comme s'il s'agissait d'une superstition.

 

La règle devrait être la reconnaissance d'un statut à l'embryon et de sa dignité humaine. Cela ne signifie pas que l'avortement, qui ne saurait être banalisé, soit systématiquement impossible. De même que l'homicide n'est pas toujours sanctionné pénalement (accident, meurtre passionnel, voire dans certains cas-limite, sacrifice d'un frère siamois ou euthanasie passive), de même, une fois la dignité de l'embryon reconnue, on pourrait définir les cas graves et précis où une telle vie pourrait être sacrifiée : danger pour la vie de la mère, viol d'une mineure, etc.

 

L'Etat et la société devraient alors être conséquents, et payer le prix de leur humanisme : fournir une aide à la mère et, dans les cas où la grossesse devrait être supportable mais que la mère ne voudrait, pour des motifs légitimes, pas s'en occuper, offrir la possibilité d'accouchement sous x et d'une adoption rapide. Seulement voilà : plutôt que de payer ce prix, plutôt que de soutenir la femme qui portera 9 mois l'enfant non voulu, on préfère détourner la tête. "Elle n'a qu'à avorter" - c'est moins dérangeant, c'est moins cher.

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Publié dans Droit et société

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